Aucun praticien n'est « agréé » par la MIVILUDES
« Reconnu par l'État », « conforme aux recommandations de la MIVILUDES », « agréé » : ces mentions rassurent parce qu'elles invoquent une autorité publique. La mission ne délivre pourtant aucun agrément, et l'affirmer faussement est une pratique trompeuse.
La rédaction Publié le 08/10/2026 Mis à jour le 08/10/2026
Sur les pages de présentation de praticiens en accompagnement, en bien-être ou en arts divinatoires, une catégorie de mentions revient : celles qui invoquent l’État. « Méthode reconnue », « praticien agréé », « formation validée par l’État », parfois même une référence directe à la MIVILUDES. Ces mentions jouent sur une idée simple : si une autorité publique a regardé, c’est que c’est sérieux. Encore faut-il que cette autorité ait effectivement regardé, et qu’elle ait le pouvoir de valider quoi que ce soit.
Ce qu’est la MIVILUDES
La mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires a été instituée par le décret n° 2002-1392 du 28 novembre 2002. Son rattachement administratif a évolué depuis, et la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 a consacré son rôle dans la loi.
Ses missions tiennent en quelques verbes : observer et analyser le phénomène des mouvements à caractère sectaire dont les agissements portent atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ou menacent l’ordre public ; favoriser la coordination de l’action préventive et répressive des pouvoirs publics ; informer le public ; contribuer à la formation des agents publics ; recevoir des signalements.
Aucune de ces missions ne consiste à évaluer, agréer, labelliser ou recommander un praticien, une méthode ou une formation.
Une mission de vigilance ne délivre pas de label
La mission observe des comportements. Elle ne qualifie pas des croyances, et elle ne certifie pas l’absence de dérive. Il en résulte trois conséquences directes.
- Aucun agrément. La MIVILUDES ne tient pas de liste de praticiens autorisés, recommandés ou « conformes ». Une mention d’agrément par la mission ne correspond à aucune procédure existante.
- Aucune validation par défaut. Ne pas figurer dans un rapport de la mission ne vaut pas approbation. Les rapports décrivent des tendances et des exemples ; ils ne recensent pas de manière exhaustive les pratiques acceptables et les autres.
- Aucune conformité à des recommandations. La mission publie des guides et de la documentation destinés au public et aux agents. Se dire « conforme » à ces documents ne signifie rien de vérifiable, car ils ne constituent pas un référentiel de certification.
La France ne tient d’ailleurs plus de liste des mouvements sectaires. Le principe est le même : la vigilance porte sur des faits, pas sur des étiquettes, qu’elles soient négatives ou positives.
Ce que « reconnu par l’État » peut vouloir dire
L’expression n’est pas toujours mensongère. Elle est presque toujours imprécise. Plusieurs reconnaissances publiques réelles existent, et aucune ne porte sur la valeur d’une méthode.
| Mention | Ce qui existe réellement | Ce que cela ne signifie pas |
|---|---|---|
| Certification enregistrée au RNCP | Un référentiel retenu par France compétences pour une durée déterminée | Un diplôme d’État, un titre protégé ou une efficacité reconnue |
| Certification qualité d’un organisme de formation | Des procédures de l’organisme jugées conformes | La compétence individuelle d’un praticien formé |
| Inscription au registre des psychothérapeutes | Un titre réservé, contrôlé par l’agence régionale de santé | Une reconnaissance des méthodes employées |
| Diplôme d’État | Un diplôme délivré au nom de l’État pour une profession identifiée | Un titre qu’on peut revendiquer sans le détenir |
| Numéro d’immatriculation | Une activité déclarée | Une quelconque validation du contenu |
| Agrément de la MIVILUDES | Rien | — |
La dernière ligne est vide, et c’est ce qu’il faut retenir. Pour les autres, la question utile est : quelle reconnaissance exacte, délivrée par qui, et vérifiable où ? Ce qu’une certification atteste et ce qu’elle ne crée pas est détaillé dans notre repère sur les titres et professions non réglementées.
« Conventionné », « remboursé » : deux mots de la santé
Deux autres mentions empruntent au vocabulaire de la protection sociale. « Conventionné » renvoie aux relations entre l’Assurance maladie et les professionnels de santé, dans le cadre prévu par le code de la sécurité sociale. Un coach, un voyant, un magnétiseur ou un guide spirituel n’exerce pas une profession de santé, et ne relève pas de ce cadre.
« Remboursé » est plus ambigu. Certains contrats de complémentaire santé prévoient une participation à des séances de pratiques non conventionnelles, selon leurs propres conditions. Cette prise en charge résulte d’un choix contractuel de l’organisme complémentaire. Elle ne vaut ni reconnaissance par l’Assurance maladie, ni validation d’une méthode par l’État, et elle ne dit rien de la qualification du praticien.
Affirmer un agrément inexistant est une pratique trompeuse
Le code de la consommation range certaines pratiques parmi celles qui sont réputées trompeuses en toutes circonstances. L’article L. 121-4 vise notamment le fait d’affirmer faussement qu’un professionnel, ou un produit ou un service, a été agréé, approuvé ou autorisé par un organisme public ou privé, ou de ne pas respecter les conditions de l’agrément reçu.
Pour ces pratiques, il n’est pas nécessaire de démontrer que le client a effectivement été induit en erreur : leur caractère trompeur est posé par le texte. Une mention d’agrément par la MIVILUDES, ou d’une « reconnaissance par l’État » qui ne correspond à aucune décision publique identifiable, entre dans ce raisonnement.
Lorsque la mention porte sur un titre réservé — psychologue, psychothérapeute —, l’article 433-17 du code pénal, sur l’usurpation de titre, peut aussi s’appliquer.
Pourquoi l’invocation de l’État rassure
L’invocation d’une autorité publique répond à une inquiétude légitime. Une personne qui cherche un accompagnement a souvent entendu parler des dérives possibles, et cherche un signe qui l’en protège. La mention d’une validation publique se présente comme ce signe.
C’est précisément ce qui la rend efficace, et ce qui justifie de la vérifier. Une référence à la MIVILUDES sur une page commerciale retourne le sens de la mission : un organisme de vigilance devient un argument de vente. La grille d’indices diffusée par la mission, qui porte sur des comportements et non sur des labels, figure dans notre repère sur les signaux de l’emprise.
Ce qui se vérifie
- Quelle reconnaissance exacte est invoquée ? Un intitulé précis, pas une formule générale.
- Par qui est-elle délivrée ? Un ministère, une agence régionale de santé, France compétences, un organisme certificateur identifié.
- Où se consulte-t-elle ? Un registre, un répertoire, une fiche publique avec une date de validité.
- La mention cite-t-elle la MIVILUDES comme garant ? Si oui, elle ne correspond à aucune procédure de la mission.
Une situation préoccupante peut être signalée à la MIVILUDES par son formulaire en ligne. Une mention trompeuse peut être portée à la connaissance des services chargés de la protection des consommateurs, dont les coordonnées figurent sur service-public.fr.
Où vérifier
Informations relevées le 15 septembre 2026.
- Institution et missions de la MIVILUDES : décret n° 2002-1392 du 28 novembre 2002, dans sa version en vigueur, et loi n° 2024-420 du 10 mai 2024, sur Légifrance ; site de la MIVILUDES.
- Pratiques commerciales réputées trompeuses : article L. 121-4 du code de la consommation.
- Usurpation de titre : article 433-17 du code pénal.
- Certifications enregistrées : répertoires tenus par France compétences.
- Registre des psychothérapeutes : décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 et agences régionales de santé.
Les missions et le rattachement de la MIVILUDES ont été modifiés à plusieurs reprises. Le site officiel et la version en vigueur des textes donnent l’état applicable.


